Chine vs Occident : les raisons du retard Chinois

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Un vapeurs à aubes britannique au fond à droite, remontant le Yangzi Jiang jusqu'à Nankin, détruit une jonque chinoise pendant la guerre de l'Opium durant la dynastie des Qing.

On craint que les Japonais fusionnent avec les Chinois, les modernisent, en fassent des ‘citoyens’ et ne deviennent ainsi la première puissance du monde. C’est ce qu’on appelle le Péril jaune dont nous démontrerons la puérilité.Austin de Croze, 1904

La République populaire Chine est la descendante d’une très ancienne civilisation imprégnée par la pensée de Confucius qui pourrait se résumer à avoir les meilleures relations possible entre êtres humains. C’était la philosophie des différentes dynasties chinoises jusqu’en 1912, date à laquelle la République de Chine est proclamée, suite au renversement par la révolution chinoise de l’Empire de Chine. Elle sera le régime officiel de la Chine jusqu’en 1949 et l’arrivée de Parti communiste au pouvoir. Le gouvernement se réfugie alors à Taïwan et sur quelques îles alentour et maintient la République de Chine sur ces territoires dont les frontières restent inchangées encore aujourd’hui. Le reste de la Chine est dirigée par les communistes et se nomme la République Populaire de Chine (RPC). Depuis 1912, la Chine a rattrapé son retard industriel et est devenue officiellement la seconde puissance économique mondiale le 14 février 2011.

Pourquoi la Chine a-telle eu ce retard, alors qu’au début du XXIe elle était une des Nations les plus prospères du monde ? Pour cela, il faut revenir au XVIIe siècle. La Chine exportait de la soie, du thé, de la porcelaine. En revanche, les puissances européennes n’avaient presque rien à proposer. Il fallait pourtant que les échanges avec les Chinois soient profitables économiquement. Les Britanniques ont alors commencé à exporter de la drogue, mais quand les Chinois ont vu les effets néfastes sur la population, ils ont interdit le trafic d’opium. Par la suite, plusieurs décrets vont renforcer cette prohibition. C’est alors que dans les années 1820, la Compagnie britannique des Indes orientales va passer outre les interdictions et va enfin percevoir un bénéfice économique. Un débat s’est engagé, au sein de l’Empire du Milieu afin de savoir s’il faut ou non légaliser l’opium. Les discussions aboutiront sur des « opérations anti-drogue » qui bloqueront les navires britanniques. En 1842, les Anglais envoient des navires de Guerre. La Chine capitulera et devra favoriser les échanges avec l’Angleterre, payer une dette de guerre, les stocks d’opium détruits et devra céder le territoire de Hong Kong — rétrocédée à la Chine en 1997 avec le traité de Nankin. Cette guerre de l’opium est le début de la soumission de la Chine au profit des puissances occidentales.

D’autres traités de favoritisme vont être signés avec la France (Whanpoa) et les États-Unis (Wangxia) pour avoir les mêmes droits que les Anglais et pouvoir également construire des églises et faire du prosélytisme. En 1858, le traité de Tianjin fait suite à la seconde guerre de l’opium qui oblige les Chinois à rembourser une fois de plus les frais de guerre, d’ouvrir plus de ports au commerce extérieur, de permettre à plus d’étrangers de voyager en Chine. Plus tard dans l’année, le commerce d’opium sera légalisé. La Russie profite de la situation pour agrandir ses frontières – plus de 600 000 kilomètres carrés de territoires. « La Russie a réussi à arracher à la Chine un territoire grand comme la France et l’Allemagne réunies et un fleuve long comme le Danube » disait Engel. La seconde partie de cette nouvelle guerre d’opium fait suite au refus de la Chine d’autoriser des ambassades à Pékin malgré le Traité de Tianjin. Une force Franco-Britanique va être envoyée en 1860 qui débouchera sur la bataille de Palikao, le pillage et la destruction du Palais d’été. Ce sera la fin des guerres d’opium entre les nouvelles puissances industrielles et la Chine.

La Chine devra aussi dédommager la Russie qui avait envahi certaines régions au-delà des frontières discutées dans le Traité d’Aigun. Certaines régions sont devenues indépendantes. Annam (Viêt Nam) est pris par la France. Durant ces invasions occidentales, le pays a été pillé. Enfin, la révolution des Taiping, qui annoncera quelques dizaines d’années l’arrivée des communistes aux pouvoirs, en a rajouté au chaos ambiant. Cette guerre civile engendrera entre 20 et 30 millions de morts. Plus tard, en 1894, la Guerre sino-japonaise éclate. Les deux pays s’opposent sur la gestion de la Corée. Une fois de plus la Chine est vaincue et doit indemniser le Japon. La Corée devient alliée militaire du Japon et en 1910, elle devient une colonie japonaise. D’autres territoires chinois sont également abandonnés. En 1901, la révolte des Boxers a amplifié la crise. Les Boxers faisaient partie de la couche basse de la société chinoise, profondément xénophobe envers l’impérialisme occidental. Ils étaient entraînés au Kung-fu (boxe chinoise) d’où leur nom. Leur lutte aboutira au protocole de paix Boxer. Ils vont commettre des violences contre les compagnies étrangères et leur personnel, des diplomates et des missionnaires, etc. Comme les autorités chinoises n’arrivaient pas à mettre fin aux déchaînements populaires, une coalition militaire de huit pays[1] qui voyaient d’un mauvais œil que l’on s’en prenne à leurs intérêts [2] s’est occupée de la révolte. À nouveau, la Chine a dû payer l’intervention des huit pays, n’a plus le droit d’importer d’arme durant deux ans et la protection des délégations étrangères est renforcée. Ce dernier conflit permettra quelques années plus tard la mise en place de la République de Chine grâce à des réformes de l’armée ou l’éducation.

Les conséquences ont été désastreuses pour la Chine qui mettra du temps à se remettre des différents affrontements et de la dette qui lui a été imposée. La vente de thé, de porcelaine, ou de soie ne suffisait plus à équilibrer la balance avec l’achat d’opium. Par ailleurs, ces conflits lui permettront de s’ouvrir au monde et de commencer à s’industrialiser, même si les pertes économiques ralentirent de façon considérable son développement.

La nouvelle République de Chine n’aura jamais réussi à stabiliser le pays en proie aux différentes guerres civiles et aux conflits entre généraux de l’armée (période « Seigneurs de la guerre »). Plus tard, la guerre contre le Japon durant la Seconde Guerre mondiale va permettre au pays de trouver une cohésion nationale, puisque le Parti communiste chinois de plus en plus puissant (PCC) et le Kuomintang[3] ont été « alliés » de circonstances afin de combattre l’envahisseur. La victoire chinoise sur les Japonais marquera le début du renouveau chinois dans le monde. Le pays va même obtenir l’abandon des privilèges des Français et des traités inégaux (cités plus haut).

Cependant après cet intermède les confrontations internes sont, reparties de plus belle. En ralliant les paysans à sa cause, le PCC, en guerre contre l’État depuis 1927 et mené par Mao Zedong, proclame le 1er octobre 1949 la République Populaire de Chine. L’industrialisation de la Chine va alors prendre son essor au fil des ans, s’accélérant avec les réformes économiques des années 70 et 90. Le gouvernement maoïste va réussir à juguler les contestations internes de manières autoritaires tout en fournissant aux plus démunies l’accès aux besoins de base : nourriture, santé et éducation[4]. La Chine faisant dorénavant partie de l’International communiste, elle s’allie en 1950 avec l’URSS. Cette union ne va pas dans le sens des intérêts occidentaux, surtout en pleine Guerre Froide. Mais la Chine devient inattaquable de manière frontale d’où la guerre dans un pays frontalier, le Vietnam, qui éclate en 1959.

L’Histoire des relations entre la Chine et l’occident n’a jamais été pacifique, mais se basait sur des échanges commerciaux. Dès leurs industrialisations, l’Europe et les États-Unis ont profité de leur avantage technique pour racketter la Chine. Mais ce géant mis au tapis vient de se relever. Par nature, les Chinois ne sont pas vengeurs, mais l’esprit du capitalisme semble avoir remplacé celui pluri-milénaire de Confucius chez les dirigeants chinois. Encore aujourd’hui les empoignades protocolaires ne reflètent pas la réalité. Une guerre économique féroce se déroule entre les États-Unis et la Chine. Les Étasuniens avancent leurs pions militaires au Japon depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et devraient installer une autre base prochainement en Corée du Sud. Cependant, aucune attaque militaire ne peut être envisageable. Les États unis n’arrivent jamais à terminer les guerres qu’ils ont commencées depuis plusieurs décennies et puis la Chine est un adversaire très bien armé qui a de nombreux alliés à travers le monde. C’est une puissance à la fois économique et d’influence. Le pays se veut être le porte-voix des pays du tiers-monde. Mais la Chine doit sa stabilité à son autoritarisme, ce qui pourrait lui jouer des tours. Des exemples récents ont démontré que des révoltes massives pouvaient se déclencher rapidement dans les pays arabes. Le contexte chinois est très différent, mais le harcèlement permanent des États-Unis y veille. Le cas du Tibet est le plus connu.

Seconde partie : Le conflit au Tibet et son chef le dalaï-lama

  1. Empire austro-hongrois, France, Empire allemand, Royaume d’Italie, Empire du Japon, Empire de Russie, Royaume-Uni et États-Unis []
  2. Cette période est traitée dans le film les 55 jours de Pékin []
  3. Parti National chinois au pouvoir à l’époque []
  4. Deux films intéressant sur cette période : Vivre ! de Zhang Yimou et Le Dernier empereur de Bernardo Bertolucci []
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