De la Prison à la révolte de Serge Livrozet (Politisation de révoltés, 1972)

De la Prison à la révolte de Serge Livrozet (Politisation de révoltés, 1972)
Petit livre pour conscientiser les révoltés.
Serge Livrozet, aujourd'hui écrivain, est un ancien délinquant. Il a été plusieurs fois arrêté pour des cambriolages. Durant sa dernière incarcération, il décide de combattre le système pénitencier par la plume et en créant le Comité d'action des prisonniers avec Michel Foucault. Livrozet va également participer au lancement du journal Libération.

De la Prison à la révolte est son premier livre sorti en 1972. Il y explique sa vie de délinquant, ce qui l'a poussé à agir ainsi, sur le système carcéral dans lequel il a vécu quelques années. Il décrit les mécanismes qui ont transformé le révolté en révolutionnaire. Il insiste sur le fait que ce qu'il va dire est un témoignage et non une analyse qu'il préfère laisser aux intellectuels.

Après une préface de Michel Foucault sur la difficulté d'expression des prisonniers ou d'anciens prisonniers, le livre se divise en quatre parties :

I. D'une généralité à l'autre

On ne naît pas délinquant, c'est la société par ses injustices qui les forment. (2004 : on se souviendra de la théorie sur le déterminisme génétique de Sarkozy avec la détection des futurs délinquants dès 36 mois d'existence). Étant lui aussi ancien voleur, Livrozet va souvent se référer à ce genre d'individus. Il exclut dans cet essai les tueurs, violeurs...

Généralement, le voleur a peu d'éducation. Livrozet lui-même au moment de ses premiers méfaits n'avait reçu que peu d'instruction. Ce manque le voleur « imperméable » à la société, à la propagande qu'elle impose à ses citoyens, le transformant en mouton noir puisqu'il ne suit pas les règles de bonne conduite qu'il n'a pas put recevoir.

Le souci dans ce manque d'éducation, c'est qu'il ne réfléchit pas sur ses actes. En effet, le révolté se préoccupe avant tout de lui, de sa propre condition. Il va agir en réaction à un manque : délinquance réactionnelle. A contrario, le révolutionnaire prend en compte les différents éléments, dont la solidarité avec ses pairs. Il n'agit plus en égoïste, mais pour des convictions.

Il exclut les truands, c'est-à-dire ceux qui volent n'importe qui et qui en font carrière. Ceux qui finalement reconstituent le système tel qu'il est, mais dans un microcosme.

Pour Livrozet la légalité est paralysante, l'illégalité est révolutionnaire.

II. Avant

Dans cette partie, Livrozet nous dévoile comment et pourquoi il est devenu délinquant.

Sa famille était désunie, son père était souvent absent de la maison. Après différents passages dans des écoles laïques et privées, sa mère ne peut se permettre d'assurer sont éducation plus longtemps. C'est donc à 13 ans que Serge entre en apprentissage, dans la plomberie. Malgré le travail qu'il fournit, il ne peut répondre financièrement à ses pulsions consommatrices. En effet, la société provoque le désir chez ses citoyens d'acheter des objets aussi chers qu'inutiles. Frustré de ne pas pouvoir s'acheter ce qu'il veut, Livrozet va commencer à commettre des petits larcins : voles de stylo, de friandises...

Il critique l'analyse des experts pour qui, selon les statistiques, l'une des principales causes de la délinquance serait la désunion de la famille, alors qu'il s'agit surtout d'un problème pécuniaire.

Livrozet va demander de partir le plus tôt possible faire son service militaire, malgré le risque d'aller sur le front algérien.

III. Pendant

C'est durant son séjour militaire qu'il va commettre de vrais délits. Lors de ses permissions, avec quelques-uns de ses camarades il va commettre des vols chez des gens, toujours fortunés.

Il va se faire arrêter sur dénonciation et recevoir une double peine : celle de la justice civile et celle des militaires.

Cette arrestation va lui permettre de découvrir les systèmes judiciaires et pénitenciers français : le comportement humiliant de certains policiers, l'état misérable des prisons dans la plupart de celles où il a séjourné, les avocats qui se soucient plus de l'argent qu'ils perçoivent que des hommes à défendre, les tribunaux qui ne sont que de grandes joutes théâtrales. Il faut remettre les choses dans leur contexte. Livrozet écrit son livre en 1972, aujourd'hui de nombreuses prisons françaises sont considérées comme insalubres...

Après avoir été confronté à de nombreuses difficultés durant son temps en prison, il parvient à être transféré dans une prison-école. Le côté aberrant de la chose c'est que l'état s'octroyait les mérites de la volonté des prisonniers à vouloir étudier, alors que seuls les plus téméraires arrivaient à avoir au bout de nombreuses demandes les livres qu'ils avaient demandés pour apprendre.

Si les prisons veulent changer les prisonniers, il faudrait qu'elle leur en donne les moyens et l'instruction est une des meilleures armes pour pouvoir les amener dans le "bon chemin".

IV. Après

En 1965, Livrozet sort de prison et est prêt à commencer une nouvelle vie. Mais il n'est pas vraiment aidé. Il a juste eu le droit d'avoir un billet d'entré pour un centre d'hébergement pour « caractériel » miteux et crasseux. En plus, avec son passif, il n'est pas recruté pour le boulot auquel il est formé (plombier). Au bout d'un an, voyant sa situation inchangée, il se met à faire de la « délinquance motivée ». C'est-à-dire qu'il ne va plus voler pour un intérêt personnel, mais contre l'ordre étable et les castes supérieures de la société.

Il se fera arrêté en 1968 pour vol contre la propriété. Il va continuer à faire ces études en prison où il écrira ce livre.

De la prison à la révolte est le premier livre d'un prisonnier qui analyse sa condition de détenu. Mais comparé à d'autres ouvrages d'experts, il ne traite que son vécu.

Serge Livrozet politise les actes des voleurs démunis, mais je ne pense pas qu'on puisse le faire tant qu'ils n’ont pas conscience de la raison de leurs agissements. Bien sûr, le fautif est le système, il n'y a pas l'ombre d'un doute, mais il me parerait facile de généralisé a tous ceux qui volent. Pour certains ça peu être un exploit à accomplir, d'autre peuvent être riches et dénué de conscience politique, le font juste parce qu'ils veulent posséder toujours plus...

C'est un livre qui devrait être lu par tout les prisonniers concernés. En effet, ils seront plus aptes à lire les paroles d'un ancien détenu et ainsi donner un sens à leurs actes.
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Commentaires
1. ,

Bonjour Florian. Je viens de tomber par hasard sur le papier que vous avez eu l'amabilité de consacrer à mon premier livre. Après les nombreux compte-rendus que j'ai pu lire sur ce bouquin, j'ai trouvé le vôtre particulièrement juste et fouillé. Je tenais à vous l'écrire et à vous en remercier. Bien à vous cordialement. Serge

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